Sortie de résidence pour Vautours – Interview

Comment continuer à faire de la musique dans un contexte qui ne favorise pas l’expression artistique ? Bien qu’ils aient sorti leur premier EP Hail en janvier 2020, les nouveaux venus de Vautours ne sont pas resté dans l’attente de jours plus cléments pour les musiques actuelles pour faire connaître leur son : présence active sur les réseaux sociaux, release party chez l’habitant, concert en configuration assis et résidence. Groupe DIY dans l’âme, on a interviewé ce quatuor à la sortie de leur résidence à l’Arc en Ciel de Liévin pour débriefer sur leurs efforts pour émerger dans cette période plombée par une crise sanitaire.

Saisir ses opportunités

Le centre Arc en Ciel est une salle qui accueille des pièces de théâtre, des one man show et des spectacles de danse. Ce lieu a également une programmation axé sur les musiques actuelles avec des tremplins d’artistes, le Liévin Métal Fest et des groupes comme Aqme, Mass Hysteria, Black Bomb A et Betraying The Martyrs y ont déjà joué. Est-ce que vous avez déjà assisté à un concert dans cette salle ? Si oui, quel souvenir en gardez-vous ?

L’ironie c’est que non, on a jamais eu l’occasion d’assister à un concert à Arc En Ciel. Et quelle surprise (et plaisir) de découvrir une telle salle et son équipe en résidence pour deux jours !

Pourquoi le choix de cette salle comme lieu de résidence plutôt qu’une autre ? Sur quels critères vous êtes-vous décidé ?

En vérité, le choix ne vient pas de nous, c’est la salle elle-même qui est venue nous chercher, ceci par l’intermédiaire de Pierre Gautiez, notre booker de chez Dead Pig. Évidemment, les SMACs et autres salles subventionnées s’adaptent comme elles le peuvent au bordel ambiant, et certaines, comme Arc-en-Ciel, ont pris la super initiative de mettre à disposition leurs locaux et leur staff au profit de groupes émergents, comme nous, afin qu’on puisse y travailler nos performances et développer notre proposition artistique de live. Et puis… ça nous prépare tout simplement à la reprise des concerts dans un environnement pro. En fait, quand on nous a proposé ça, la question ne s’est même pas posée : on a sauté sur l’occasion. Il s’est ensuite avéré qu’on a bien eu raison de le faire… les occasions de bénéficier d’un tel set-up sans véritable contrainte de temps sont rares.

Vous avez la malchance d’avoir sortie votre premier EP en début d’année, dans le sens où ça a limité vos possibilités de jouer sur scène par la suite. Si je ne me trompe pas, vous avez pour l’instant joué quatre fois en concert. Je suppose que vous vous êtes concentré votre travail sur la production live de votre musique pendant vos deux jours de résidence.

Oh non, rien à voir avec la malchance, bien au contraire ! On a concentré notre travail de production juste avant l’annonce du premier confinement. Ça nous a finalement permis de pas mal communiquer entre la sortie de l’EP digitale puis sa sortie vinyle, celle des clips, etc… Quand beaucoup de groupes, à l’inverse, ont étrangement disparu des réseaux. On a justement mis le paquet entre les deux vagues en réussissant à faire nos premiers lives (quatre en tout, c’est exact) dans des set-ups très particuliers : notamment un concert assis, avec masques et jauge limitée à la Brat Cave, mais aussi et surtout dans des salons, directement chez l’habitant, pour des gigs complètement improvisés… Autant dire dans un contexte assez haut placé sur l’échelle du Punk ! C’était juste notre devoir et il était hors de question de passer à côté de l’opportunité. Donc la pandémie ne nous a pas stoppé pour autant… On est pas trop à plaindre. À vrai dire, on est même plutôt chanceux… Pour l’instant.

 

Vautours 1 © Benjamin Dupuis

Première résidence

Comment s’est déroulé la collaboration avec l’équipe qui vous a accompagné?

Très honnêtement, on ne pouvait pas rêver meilleure équipe pour nous accompagner : ultra disponible, ouverte et réceptive à nos intentions. Les gars ont du savoir-faire, de l’écoute et sont plein d’enthousiasme. On a pu travailler notre son live, la lumière, la gestion de l’espace et bâtir une véritable performance live VAUTOURS cohérente et qui nous ressemble. Le truc c’est que Arc-en-Ciel a choisi d’axer sa programmation et son évènementiel autour d’une scène indépendante, émergente et locale. Ils ont parfaitement intégré les enjeux de la culture indé, voire underground… aussi parce que c’est à leur goût. C’est une pure démarche de soutien de la culture et de ceux qui la font, sans aucune hypocrisie ou demi-mesure. Ici pas de quotas à respecter ou de conduite politique à satisfaire. Ils défendent l’absence de compromis et l’intégrité artistique totale. Pour nous, c’est du pain béni.

Quel bilan et leçons en tirez-vous ?

D’un côté, il y a l’absolue nécessité de la préparation de tels événements. Une excellente performance live ça ne s’improvise pas, ou en tout cas pas dans ses aspects les plus techniques. De l’autre, ça réchauffe le coeur de voir que ces gars-là contournent l’immobilisme de la situation actuelle pour se battre à leur façon jusqu’à un retour à la normale. Et si, comme le répétait David Six (le programmateur), «la culture est un sport de combat», alors on peut dire qu’ils nous ont offert un putain de ring. C’est une belle leçon de résistance pour une salle subventionnée, non ?

En novembre, vous avez rejoint le roster de Dead Pig Entertainment qui organise aussi les tournées de Orange Goblin, Imperial Triumphant, EyeHateGod et Church Of Misery. Comment vous organisez-vous dans ce contexte où justement on se retrouve face à l’éventualité qu’un concert programmé ne puisse pas avoir lieu ?

C’est extrêmement frustrant pour un groupe qui veut en découdre de voir son projet ralenti, qui plus est en tant que jeune groupe ayant encore beaucoup de choses à prouver. On sauterait sur la moindre occasion de nous produire sur scène, peu importe les conditions : un concert assis et masqué reste un concert, même si on comprend qu’il est difficile pour beaucoup de monde de concevoir un live estampillé « Hardcore » dans de telles conditions. Mais on l’a fait ! On a pu constater que ça ouvre tout simplement d’autres possibilités d’interaction avec le public, et pas du tout inintéressantes en plus. Tu abordes ton live différemment, certes, mais c’est quand même franchement mieux que la tristesse infinie d’un stream pourrave sur Facebook, tu crois pas ? Alors oui, on subit cette situation, comme tous les autres. Mais pourquoi s’arrêter de programmer ? Ce serait admettre la défaite tout en se plaignant. Or le Hardcore, par définition, c’est d’accepter que le combat est perdu, mais de se battre quand même. Alors oui, le virus retarde nos possibilités de jouer, certes, mais ne nous empêche pas de booker ou de nous projeter. On refuse d’arrêter de se projeter. Dans le pire des cas, toutes ces mesures ne font que retarder l’inévitable ; le cri d’existence de la culture. En attendant, si ça vous manque, invitez-nous, on viendra avec plaisir dans votre salon !

 

Vautours 2 © Benjamin Dupuis

Se tourner vers le futur

À mon sens, priver un groupe apparenté métal et musique rock de la scène, c’est le priver de l’espace où sa musique s’expérimente vraiment. De ce point de vue, comment gérez-vous le fait de ne pouvoir profiter de ce mode d’expression ?

On est en colère… naturellement. Comme des « faiseurs » à qui on interdit de faire… et même de dire. C’est une prise de parole confisquée, en un sens. On vit ce paradoxe dramatique qu’est l’absolue nécessité de l’Art et de la Culture en temps de crise (voire davantage en temps de crise). Or la seule chose qu’on observe est la censure qu’impose un État paralysé dans un mutisme incompréhensible, et qui, par son silence, insulte l’importance de notre rôle dans le bon fonctionnement de la société. Pour autant, on fait tout pour exister par tous les moyens “indirects” dont on dispose : photos, vidéos, artworks, merch. Et bien sûr, on ne cesse jamais de répéter, d’écrire, de composer, d’enregistrer de nouveaux morceaux et de penser la suite On “prépare l’avenir” en somme, tout en restant à l’affût de la prochaine fenêtre d’opportunité… et on sera là lorsqu’elle s’ouvrira.

Début décembre, vous avez annoncé la fin de l’enregistrement du «successeur» de votre EP Hail (2020). C’est un nouvel EP ou un album ? Que pouvez-vous en dire pour le moment ? Est-ce qu’une sortie vinyle est prévue comme pour Hail ?

Effectivement, le nouveau rejeton est en salle d’accouchement. On est particulièrement content du résultat et excités à l’idée de le dévoiler. L’idée est que, avant de se pencher sur un 1er album, VAUTOURS sortent 3 EPs (les titres formant une phrase) : 1 par an et pensés dans l’ensemble comme une trilogie qui explorerait les frontières de notre identité sonore avant que celle-ci ne donne naissance à un 1er véritable album. On communiquera très bientôt sur cet opus, mais tout ce qu’on peut en dire c’est qu’il prend Hail à contrepied, tout en restant son petit frère de sang. La production a évolué, les genres et tons explorés varient… Et bien évidemment, il y aura une sortie vinyle. C’est cher à notre coeur. 300 copies (dont 100 un peu « spéciales ») d’un disque qu’on a une fois de plus pensé et créé esthétiquement de A à Z, et sur lequel on a mis les bouchées doubles en termes de packaging et de visuels. Sortie digitale au premier trimestre 2021, avec pré-commande du disque dans la foulée. On a hâte.

Propos recueillis par Florent Le Toullec

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