Trois plombiers pour une résidence avec We Need A Plumber – Interview

Trois plombiers pour une résidence avec We Need A Plumber – Interview

Si le Cerbère programme des concerts, il a également pour habitude d’accompagner les artistes. Après avoir coorganiser la résidence de Vautours au Centre Arc-en-Ciel en décembre dernier, Cerbère Coryphée poursuit sa collaboration avec la salle de Liévin en organisant cette fois-ci celle du trio We Need A Plumber. Fin mars et durant quatre jours, le trio lillois a pu bosser en toute tranquillité sur de nouveaux morceaux et dans un environnement pro optimal. Entre cette résidence et la récente sortie de Palmier Perdu, leur deuxième EP, l’occasion était trop belle pour évoquer leur son qui, du propre aveu du guitariste du groupe Antoine Béague, « conjugue des éléments harmoniques du jazz avec des rythmes afro et l’esprit du rock progressif ». Et c’est justement lui qui s’est collé à l’exercice du question/réponse pour éclairer notre lanterne.

Toute première fois

C’était votre première résidence ? Comment avez-vous vécu l’expérience et le fait de collaborer avec l’équipe de l’Arc-en-Ciel à Liévin ?

Oui, c’était notre première résidence. En fait, on avait l’habitude de se voir une fois par semaine avant le confinement et on passait à peu près toutes les répètes à composer. On avait donc un bon rythme depuis quelques années. Le problème c’est que depuis un an on se retrouve avec des trous de trois mois entre chaque répète. Dans cette situation, c’est compliqué d’avancer sur un morceau. Le confinement n’est pas l’unique obstacle d’ailleurs. On avait aussi pris l’habitude de répéter dans la colocation de Valéry [Derisbourg, batteur du groupe, ndr] depuis 2017, mais il a déménagé durant l’année précédente donc on a plus vraiment de salle de répétition maintenant. Cette résidence c’était surtout l’occasion de se retrouver dans un cadre qui nous permette d’accorder à la composition un peu de temps en continu et de pouvoir faire ça sans être perturbé par nos occupations parallèles. Et on peut dire que l’Arc-en-Ciel était vraiment idéal pour ça. On était dans une belle bulle. On avait un son super (ce qu’on a jamais eu en répète jusqu’alors) et on avait vraiment la possibilité d’organiser notre temps comme on le souhaitait. Le personnel est hyper accueillant et laisse vraiment l’espace pour qu’on se sente à notre aise.

La dernière fois que vous vous êtes retrouvé pour jouer votre musique sur scène c’était en décembre 2019. Se réhabituer à la scène n’a pas été compliqué ? Vous avez travailler les setlists de vos futurs concerts ? Vous avez eu le temps de jammer et d’ouvrir des pistes pour de nouveaux titres ?

La vérité, c’est qu’on a quand même fait quelques petits concerts privés durant l’année précédente. Mais c’est vrai que l’habitude de la scène demande à être entretenue. Quand tu ne pratiques pas régulièrement, tu ressens que le lieu manque de familiarité au moment où tu y retournes. Là, on était plutôt à l’aise dans cet espace donc c’est rassurant : c’est qu’on ne perd pas tant que ça la main. En même temps, il n’y avait pas de public : ce n’est pas le même exercice non plus. Après, on s’est exclusivement consacré à la composition de nouveaux titres. L’idée, c’est de sortir deux nouveaux morceaux dans les six mois qui viennent. On se dit qu’avancer par petits groupes de morceaux ça sera moins lourd à enregistrer que si on part en studio pour enregistrer 40 minutes d’album en cinq jours. Ce qui nous permet aussi de sortir des choses plus souvent.

Fusion d’influences

Vous êtes un trio qui mélange différents genres musicaux comme le prog rock, l’afrobeat et le math-rock. Lorsque vous vous êtes formé, chacun avait son genre de prédilection ou vous aviez tous plus ou moins les mêmes influences ?

Niveau influence, il y a un peu de tout. Pierre [Hoareau, bassiste du groupe, ndr] a plutôt des influences jazz-rock, post-rock et afro/créole. Il a bien baigné dans Pastorius et King Crimson et c’est un gros fan de Munir Hossn. Valéry est plutôt branché funk et musique de fanfare de son côté. Et moi je suis plutôt branché musique progressive et musique expérimentale. J’adore Ommadawn de Mike Oldfield, les premiers albums de Hiromi Uehara, Mr. Bungle ou encore CD-R de Grüppe. Après, on a globalement un goût commun pour la fusion, mais on aime chacun des choses très différentes dans le jazz et la fusion. Lors de la formation du groupe, on ne savait pas trop où on allait. Personnellement, au début, j’en avais une vision très jazz fusion : je pensais à Brand X, à Passport, à Gong, à Visitor 2035, à Return to Forever… Mais bon voilà, on n’avait pas le niveau pour jouer comme ça. Pierre est arrivé avec ses riffs chaloupés à la basse et avec quelques idées un peu plus modernes et on a commencé à construire là-dessus. Les deux premiers albums sont un peu le mélange de tout ça. Maintenant, je ne sais pas si on fait du math-rock à proprement parler. Pourquoi pas si on entend par là quelque chose dans le style de ce que faisait Zappa puisqu’il y a pas mal de discontinuités dans notre musique. Mais on ne fait pas vraiment du math-rock comme peut le faire Battles, Chon, Alarmist ou encore Elephant Gym. Disons plutôt qu’on essaye de conjuguer des éléments harmoniques du jazz avec des rythmes afro et l’esprit du rock progressif. À mon avis, notre musique ressemble plus à ce mélange qu’à ce qu’on appelle aujourd’hui du math-rock.

Votre premier EP, We Need A Plumber (2019), a été enregistré en semi-live et Palmier Perdu (2021) entièrement en studio. Pourquoi ce changement ? C’était une manière d’avoir plus facilement la main sur le mixage ou la prod des chansons ?

En fait, les deux albums ont été enregistrés intégralement en « semi-live ». En gros, tous les morceaux sont joués en trio dans le studio. On n’enregistre jamais au tour par tour. On se dit que c’est un bon moyen de conserver l’énergie du jeu collectif. Il y a bien sûr quelques passages précis sur lesquels on reprend individuellement une ligne de basse ou une ligne de guitare et il y a quelques overdubs. Mais à la base, tout est joué en groupe. Quand on dit que c’est enregistré en semi-live, c’est surtout parce qu’on profite de certains silences dans les morceaux pour faire une pause durant l’enregistrement. Les morceaux sont un peu longs parfois, donc on n’enregistre pas l’intégralité d’un morceau de huit minutes en une prise. Des fois, on découpe le morceau en deux, trois ou quatre sections : ça permet de souffler et de choisir les meilleures versions de certains passages à l’intérieur d’un même morceau. Des morceaux comme « Clegg » ou « Bleu Cassé » sont des prises live sans coupures dans le premier album, mais ce sont des exceptions. Les morceaux de Palmier Perdu sont beaucoup plus alambiqués donc c’était compliqué d’être satisfait d’une prise live unique.

 

Valéry Derisbourg, batteur de We Need A Plumber au Centre Arc-en-Ciel de Liévin en février 2021
Valéry Derisbourg, batteur de We Need A Plumber au Centre Arc-en-Ciel de Liévin en février 2021

Concert perdu

Est-ce que vous prévoyez de sortir We Need A Plumber et Palmier Perdu en CD ou en vinyle ?

On va sortir l’album Palmier Perdu en vinyle dans les mois qui viennent. Et l’EP We Need A Plumber est sorti en CD depuis un moment déjà. On a même réussi à perdre un carton de CD dans une soirée, au grand malheur de celui qui a eu l’occasion de tomber sur ce colis piégé !

Il était prévu que vous soyez présent au Bourlon 2020 qui a finalement été annulé. Est-ce qu’en tant que spectateurs vous avez déjà assisté à des concerts marquants au Bourlon ?

C’est vraiment dommage que ça ait été annulé. On attend comme tout le monde que la vie reprenne ses droits et que les festivals repartent. Concernant les concerts marquants, il faut dire que j’ai eu l’occasion de participer aux toutes premières éditions du Rock In Bourlon. La première édition du RIB a un goût particulier dans ma mémoire : il avait encore lieu entre l’Église et le Café des Sports à l’époque ! Je garde aussi un bon souvenir d’Adam Bomb dans une des premières éditions : c’était énorme ! Et plus récemment, j’ai adoré le live de Bo Ningen lors du Bourlon 2019.

Propos recueillis par Florent Le Toullec

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